J'écoute : Voir plus bas Je regarde : la radio, elle est jolie Je lis : Les envoûtés (version intégrale inédite) Je joue : seul ou pas, mais pas en société Je mange : Pâtes à la spirulline et légumes de Provence (avec ail et gingembre) Je bois : du thé d'hiver Je cite : Je ne sais pas si Dieu existe, mais s'il existe j'espère qu'il a une bonne excuse Je pense : trop me dit-on, mais moins que je ne parle Je rêve : d'un monde où les cons seraient moins arrogants, et moi moins con
Critique de Télérama : « Si l'on reconnaît volontiers le talent de Zemeckis à créer des univers originaux où l'humain se promène dans le temps et les mythes, il faut préciser que c'est généralement au profit d'une idéologie assez rétrograde. Ce conte n'échappe pas à la règle. Une prouesse technique (le « motion capture »), un voyage dans l'imaginaire (la veille de Noël, un gamin qui doute de l'existence du Père Noël embarque dans un train magique et se retrouve au pôle Nord dans le village du vieux barbu), et une morale en forme de slogan pro-Bush (« believe ! », « croyez »). »
Le contrôleur du train, lorsqu’il composte les billets, a en effet pour coutume d’écrire quelques lettres avec une succession de petits trous, toujours des petits trous, oui mais de première classe. Et il écrit « BELIEVE » sur le billet du petit héros, le garçon qui doute. Mais il écrit aussi sur le billet de la petite noire qui a pris le train avec lui et qui ne manque pas d’initiative : « LEAD » et il lui précise bien qu’il ne s’agit pas seulement de conduire (un train, un traineau…) mais aussi de guider, de montrer la voie. Le film datant de 2004, il ne pouvait savoir si Obama ou Hilary Clinton prendrait les commandes, il a donc choisi une fille noire… Et le voilà progressiste, notre suppositoire de Bush.
Les critiques de Télérama ont le chic pour voir un bout de la réalité comme un myope très profond qui scrute un détail. Que l’Amérique et ses films soient conformistes et souvent conservateurs, c’est un fait ! Ils portent le socle de ce qu’un bon citoyen doit savoir, tout comme les comptes de fées. Jusque dans les années 70 voire 80, un homosexuel ça n’existait que de façon vaguement allusive et généralement pour incarner un pervers psychopathe de la pire espèce, ou à la rigueur un personnage dans l’erreur qui meurt à la fin. Un noir représentait précisément... un noir.
La morale d’un film comme d’un conte est rarement « ils se branlèrent et eurent beaucoup d’orgasmes », plus souvent « ils se marièrent et fondèrent une famille heureuse ». Avant la transition démographique, c’était « ils eurent beaucoup d’enfants ». Avec la baisse de la mortalité infantile et l’élévation du niveau d’études, de conscience et de QI, ça devient une famille heureuse avec deux ou trois enfants épanouis. Parfois un gay sympathique passe pour corriger les vieux aprioris. Un noir reste un noir, mais c'est parfois un collègue.
Pour le cinéma, l’amour c’est souvent un baiser profond, et se masturber c’est une manie d’ado immature, normale mais pas très glorieuse. Ce qui est glorieux, c’est de prendre le train, sans hésiter, lorsqu’il se présente. C’est la morale du film, la plus importante en fait, d’où se déclinent le "lead" et le "believe", tout comme le LEARN du troisième gamin, l’emmerdeur qui sait tout et qui croyait lire EARN.
Prends le train, où qu’il mène… au pôle Nord, où la glace fond à vue d’œil ? Là n’est pas la question. Passe des concours, suis les cours, vas-y, fonce à mort. Fais des Powerpoint, épouse cette fille de bonne famille, ce garçon ingénieur, ne traîne pas au lit, trouve un nouveau truc, achète, vends, voyage, fonce, mon gars. Tu n’y comprends rien ? Peu importe, suis ton intuition, va où te mène le groupe. Le groupe a toujours raison, tu es membre d’un troupeau, petit terrien, tu dois avant tout éviter de rester sur le côté.
L’objectif chiffré ouvrira la voie, prêt à te donner le baiser de l’araignée.
Seul, sans travail, je te regarde passer à la télé.
D’autres regardent les moteurs tourner sur le périphérique, à l’abri sous le béton gris.
Dis Monsieur Bagnole, tu pourrais dégraisser le mammouth?
On change rien, Copenhague c'était juste comme la grippe A, pour distraire les foules pendant que le chômage augmente, et que la masse monétaire se concentre en revenus financiers. L'argent ne peut pas être partout à la fois, il est à la bourse, pas dans la recherche, ni dans le métro.
En attendant, siouplait Monsieur Peugeot, Renault, et autres, tu pourrais les faire un peu moins larges, un peu plus légères, tes bagnoles? Je voudrais pouvoir continuer à rouler à vélo et les rues ne sont pas plus large qu'au temps des 2CV, des 4L et des Méharis.
Si tous les Chinois s'achètent des 4X4 on est pas rendus...
Une Méhari électrique, ce serait possible?
Non?
Pourquoi?
Et avec un pédalier en plus?
Les gens sont trop cons?
Peut-être... mais ils sont parfois trop gros aussi, et ils ont des vélos d'appartement.
Et puis si l'accélérateur était remplacé par un pédalier de vélo, à mon avis y'aurait moins de kékés sur les routes.
Le premier pollueur, c’est un modèle de développement économique basé sur la croissance chiffrée et sur le gâchis.
Cette considération générale n'est pas dirigée contre les uns au profit des autres. Elle a pour but de fédérer et non de diviser.
Croissance chiffrée ? Mal chiffrée : une voiture dont le moteur tourne à l’arrêt produit du PIB en consommant de l’essence, elle dégage du CO2, et aucun bien-être.
Elle contribue à la croissance et à l’effet de serre.
Si on arrête le moteur, c’est de la décroissance, et du bon sens.
Une usine en chine qui produit un jouet dont un gosse gâté se lassera, délaissé par ses parents qui luttent pour leur place, c'est un gâchis comparable à la voiture bloquée dans un embouteillage.
Il en va de même pour la plupart des profits financiers, argent virtuel et parfois nocif concentré dans les mains de ceux qui n’en ont plus besoin, les plus forts et non les plus utiles, car ils n’apportent pas la joie mais la crise.
Ceux qui travaillent dans les usines chinoises ou dans nos ordures en Afrique feraient mieux d'élever des poulets, ou cultiver des céréales.
Je préfère le canard sain plutôt que le foie gras. Mes artères aussi, les canards j'en parle même pas.
Et toi, petit Chinois? Tu aimes gaver les oies dans des hangars obscurs?
Aujourd'hui un chien m'a mordu, et j'ai revu sur Arte le chef d'oeuvre de Cassavetes.
A woman under the influence est un film exceptionnel et exceptionnellement bien interprété, sur les rapports entre l'amour et la folie, l'individu subissant la folie du monde.
Pour moi l'héroïne n'est pas folle, elle réalise le même tour de force que les chrétiens attribuent au Christ rédempteur. Dans un monde de folie, elle cristallise les tensions et les libère par une exubérance anormale, presque hystérique. Et finalement à peine plus que son mari. La répression est dure, malgré l'amour maladroit mais intarissable qui les unit. Rien de tragique, pourtant. Juste au bord.
Cassavetes est (était) décidément amoureux de sa femme, Gena Rowlands, et de leur meilleur ami, très intime, Peter Falk (vous savez, Columbo!). Sans eux, j'imagine mal ce que serait le cinéma aujourd'hui.
Rediffusion jeudi 17 décembre à 14H45 (pour la VO choisir la langue allemande et mettre les sous-titres si votre télé le permet)
J'ai engueulé le chien, qui aboyait en me tournant autour pour m'attaquer de nouveau par derrière... mais je lui ai fait face. Le maître du chien m'a engueulé parce que je criais, il a prétendu que si le chien m'avait mordu je serais aux urgences. J'ai appelé Police Au Secours et j'ai eu le disque dix minutes. Ils étaient sans doute occupés avec un fumeur de joints. Et puis j'ai raccroché parce que le type et son chien revenaient.
Finalement j'ai joué avec le chien, en lui lançant de gros bâtons, pour lui montrer ce qu'il faut mordre et de quel bois je me chauffe. Il était content, les rapportait et aboyait de nouveau. Le maître était incapable de dominer son Beauceron. Il est désolé pour l'hématome écorché que je lui ai montré... Un très gros chien, joueur, excessivement sanguin, cherchant son dominant et physiquement capable d'égorger Sarkozy (par exemple).
Paraît qu'il n'attaque pas les gamins avant 14 ans et seulement les hommes. Un chien SM, sans doute. Je lui aurais bien vu un accessoire de cuir genre muselière, personnellement... mais je ne vois pas son maître capable de la lui mettre. L'inverse, par contre... RRRAAAOOWWW
Le film sera diffusé sur Arte demain soir, il est tiré d'un roman de Michel Houellebecq.
Ce film, c'est l'histoire de ma vie.
Je n'ai rien à voir avec les personnages précis, hormis une certaine analogie avec celui qui se branle tout le temps. Une analogie que nous partageons d'ailleurs avec une majorité de la population masculine: un insatiable appétit sexuel associé à une extrême timidité lorsqu'il s'agit d'échanger des sentiments et de construire une vie affective socialement acceptable.
Quoi, pas vous? Oh, pardon...
L'une des solutions est de s'orienter vers d'autres hommes, mais ce n'est pas donné à tout le monde. Michel Houellebecq et son héros n'ont pas eu cette chance, et les dégâts collatéraux ne se limitent pas au chat noir. Détestable, d'ailleurs, l'attitude de ce sale gosse pervers face au chat. Personnellement, j'adore ces animaux même s'ils peuvent s'avérer gonflants dans certaines circonstances. Houellebecq aussi; quand il prétend que la plupart des homosexuels sont en fait pédérastes. Jaloux saboteur, aux yeux de crocodile.
J'en parlerai aux jeunes hommes qui partagent mon désir amoureux.
Norbert Bisky. Zavez-vous reconnu la citation picturale d'une oeuvre célèbre, par le dessein des doigts du jeune homme à droite?
Contrairement à l'homme (Adam), celui-ci n'a pas même l'image d'un Dieu créateur, à portée de ses doigts enfantins. Le jeune homme, par son regard et par sa main tendue, cherche l'absent. Douloureux, il appelle, mais à ses côtés les jeunes gens affairés sont autant de modèles impossibles, de désirs inaccessibles.
La fille est placée sur un piédestal, la même terre, mère patrie, d'où j'émerge, car je suis ce mélancolique adolescent, en recherche de son alter ego.
Le garçon est beau comme un déménageur des corps, il est occupé à plier un drapeau, ou un parachute. Bâtisseur, il n'a pas un moment à consacrer à ma mélancolie. Il regarde l'objectif.
L'arbre est rompu, comme le tronc de ce bouleau, comme le père absent qui as abandonné ma mère, comme le Dieu déchu qui as abandonné Jésus.
Je reste seul, dans ma veste des villes démodée, et même Ariel Wizman s'en fout comme de sa dernière chaussette.
Il préfère Mickey l'Ange et la chapelle sixties
http://plus7.arte.tv/fr/1697660,CmC=2943962.html valable quelques jours pour une 1/2 heure de philo mi-cuite
Je viens de voir un débat sur France 2 et sous la houlette de Christophe Hondelatte, je suis bluffé. Le thème : les amours entre un professeur et son élève mineur, avec en prime un téléfilm réunissant Muriel Robin et un superbe adonis dans une histoire d’amour tournant à la tragédie, basée sur l’histoire réelle de Gabrielle Russier.
Pas de surenchère répressive.
Le débat était agréable parce que très modéré. Résumons : la majorité sexuelle est à 15 ans, par principe un professeur ou toute personne ayant autorité sur un mineur doit s’abstenir de relations amoureuses, mais la diversité des personnes et des degrés de maturité doit conduire le juge à se montrer compréhensif, il s’agit plutôt de fautes professionnelles que de délits et parfois c’est de l’amour, par définition il échappe à toute règle.
« Je suis une victime ! »
Plus intéressant, un expert psychiatre affirme ce qui pour moi crève les yeux : la victimisation entraîne parfois plus de dommages que le vécu en lui-même. Une jeune femme d’une vingtaine d’années se plaint en effet d’avoir été détruite, suite à une relation amoureuse dont elle attendait bien plus que ce qu’elle a reçu. Elle avait défendu son professeur à l’époque, car ils s’aimaient, lorsqu’il a été condamné. Elle avait treize ans, au début de cette longue idylle. Par la suite, elle change d’avis et se dit victime, ce qui est glaçant car de toute évidence, en dehors de la faute indéniable et même du délit du prof, on ne saurait dire si elle a eu trop ou trop peu d’amour, en définitive. Elle a découvert, un peu tôt, la jalousie.
« Si une élève est la chouchoute du prof, censé nous noter, ça ne va pas ! »
Pour terminer l’émission, est posée mais à peine esquissée la question des rapports étroits entre la séduction et la pédagogie. Personnellement, en bon révolutionnaire des mœurs j’aurais tendance à penser que la séduction et l’autorité s’excluent mutuellement, mais surtout parce que le but est aussi de noter, de sélectionner, d’instaurer un peu plus que l’ordre, une certaine discipline autoritaire d’origine militaire, qui subsiste et se développe aussi dans les entreprises, publiques ou privées, sous couvert de culte du résultat et de l’excellence. Le lycéen de service disait lui-même que ça pose un problème si un prof a des préférences pour une élève alors qu’il est censé noter les élèves et montrer la voie.
La bite de mon prof de maths
J’étais un élève assez insaisissable, en sixième. Mes notes alternaient entre vingt (en classe) et zéro (devoir non rendu) tout au long de l’année. J’adorais toucher les parties génitales de mes camarades, et jouer à les poursuivre, à les combattre et à les terrasser. Le prof de maths était distant, implacable et impersonnel, vieux et avec une prestance d’empereur romain. Un jour, je suis allé aux chiottes et j’ai eu la surprise de voir mon prof, devant l’urinoir, la bite bien tendue. Il ne s’est rien passé.
La chute de mon psychanalyste
Lorsque je lui ai raconté cette histoire, mon psychanalyste a flairé tout ce qu’il pourrait en tirer : la culpabilité, le transfert de culpabilité. Ca faisait longtemps que sa curiosité était d’expliquer l’apparition de mon homosexualité, avec une volonté secrète d’en attribuer la responsabilité à ma mère, ce que j’évitais en parlant si vite qu’il ne pouvait en placer une. Il tenait enfin un coupable. Je l’ai déçu : j’ai défendu ce prof, qui a fait de moi un authentique matheux malgré une paresse incommensurable comme la racine de pi.
La déchéance de mon psychanalyste
Au départ, mon psychanalyste était un homme assez magistral, cultivé, fin et aristocratique… De jour en jour, je l’ai vu maigrir, s’étioler. Il a quitté son bel appartement du boulevard Voltaire, spacieux et moderne, pour recevoir ses clients dans de miteux deux pièces d’immeubles de guingois, aux portes pourries où on entendait ce qui se disait à côté… une misère. Il se confondait en excuse, comme un vieux Juif geignard dans un roman russe. Il avait l’air gêné, il changeait pour de nouveaux appartements de plus en plus gris et sordides, dans des ruelles mal famées et tortueuses. Il a fini par prendre sa retraite, au bord du désespoir. A la fin, il passait presque sous la porte.
Je suis donc allé à la Fnac, et comme je suis un bamlieusard du sud-ouest, c'était dans le centre commercial tout proche, facile d'accès en voiture et un peu pénible à vélo. Mais pour la télé, le vélo... à quatre roues s'impose.
Après la Fnac, je passe à Darty, pour terminer à Auchan et conclure sur le meilleur achat. Entretemps, un petit pipi s'impose dans les jolies toualettes, un peu fréquentées. Reste une place entre le brun tendre et le grisonnant encore frais, absorbés dans leur miction.
Coup d'oeil à droite... tiens, belle allure, petite raideur. Coup d'oeil à gauche... l'épanouissement semble évident, je dirais presque qu'il crève les yeux. Un peu plus loin, dans l'angle? Mais c'est un garde-à-vous! Pas fixe pour un sou. Serais-je revenu à la Gare de l'Est dans les années 80?
Les regards concupiscents mettent l'eau à la bouche, et les gestes se font impudiques de part et d'autre.
Je ne rentrerai pas dans les détails qui ont suivi, mais je suis allé à Auchan et j'ai fait l'acquisition d'un superbe téléviseur. Beaucoup trop grand.
Je veux être chaussure pour ton pied, charmant fâchon juvénile, et je veux sentir la pression de ton corps bleuet exultant contre mes tissus gorgés, suaves de ton odeur. Je veux être ta main, je veux être ton sopalin, petite graine de lin. Laisse-moi vieillir sous ton poids, foule-moi au pied, renifle-moi.
Mais je ne veux pas être ta chaussette. Sauf si tu l'utilises en mini cache-sexe, petit intrépide, afin de manifester nu dans un Paris timide. Tu viens de Leipzig? Tu as grandi en pays communiste et tu découvres le travail merveilleux des petits Chinois... Tu t'émerveilles, et tu trempes, Bisky, dans le juteux commerce... Tes œuvres se vendent et se boivent comme du petit lait, à lécher sur un doigt, qui tremble encore.
Mais tu n'as pas oublié le mur, et tu vois bien le chant des sirènes ou du joueur de flûte. Tes toiles se font plus amères, en pays pas toujours amène. Tu as appris à dire Amen, et la cruauté te saute à la gueule, comme jaillit le sang d’un impur innocent.
Hier midi, restaurant iranien, avec ma copine et collègue au look bohême chic, aux idées généreuses et au sourire enjôleur. Je lui raconte ma rencontre d’un éphèbe photographe, notre conversation amicale sous le soleil d’automne, mon incapacité à sortir d’un rôle distant, par peur d’apparaître un peu trop entreprenant. Elle me parle de ses parents guindés, de son fils déconcertant, de ses filles… nous sommes émus à l’évocation de sentiments profonds et troublants, difficiles à partager d’ordinaire.
Trésor inestimable. Deux personnes se rencontrent. Différentes et désintéressées, le hasard les rapproche et leurs verbes se plaisent. On se revoit, c’est un peu comme une histoire d’amour ou d’amitié, mais on est libre de toute dépendance et de tout désir, à la fois séduits et distants. C’est en l’absence de liens que l’on peut parvenir à une véritable intimité, plus profonde qu’avec un parent, un amant, un proche en général. C’est un peu ce que vise la psychanalyse, mais ne permet pas souvent l’amitié.
Le soir, je suis chez des amis de longue date, couple un peu las de son accouplitude, et le fils passe par là avant d’aller rejoindre ses potes à Paris (scène sur la nécessité de se coucher tôt, décidément je ne saurais pas éduquer). Tu as fait ta dissertation, fils ? Le sujet : « Suffit-il d’être différent pour être soi-même ? ».
Quel piège pour aliénés ! Celui qui a pour argument « il ne suffit pas d’être différent pour être soi-même » donne la seule réponse formellement acceptable… pourtant c’est peut-être un argument dans la bouche de Le Pen ou Staline, au mieux d’un stoïciens fier de sa soumission aux bonnes mœurs et coutumes de son temps (Sénèque : « Etre asservi à soi-même est le plus pénible des esclavages »). Ou plus probablement ce sont des propos dignes d’un Ministre de l’Intérieur en mal d’électeurs dans un monde perturbé par le chômage et la petite délinquance. « Sois conforme et sois toi-même, mon enfant… »
La vérité est que pour être soi-même, on a besoin des autres qui sont autant de références et de repères, on s’épanouit dans le respect et la bienveillance, et surtout on a besoin du droit à être différent. Or c’est ce droit que voudrait restreindre le politicien de la pire espèce, en énonçant une évidence à deux balles. Et je me demande bien ce que veut le dispositif d’enseignement pour poser une telle question. Que les gentils élèves répondent « Oh, non ! Bien sûr, ça ne suffit pas ! Regardez les aliénés, ils sont différents, et pourtant ils sont aliénés, ce sont des soixante-huitards et on va liquider leur héritage, en les plaçant sous curatelle ».
Le rapport aux autres est déterminant pour construire une personnalité, oui, s’il est librement choisi. On remarquera que malheureusement on ne choisit pas ce qu’on est (origines, sexe, orientations…), mais on choisit son positionnement social : prêtre épicurien, psychanalyste frivole, pédophile militant, flic bohême, suicidé jovial, homo iranien… tout un espace de liberté pour cultiver sa différence dans un vaste jardin ouvert à tous et même aux Africains. Et aux Afghans... Non ?
Je suis allé me promener à vélo dans les bois, en oubliant mon appareil photo. La lumière était belle, on y croisait des jeunes gens qui blaguaient, avec un rire partant dans les aigus... Heureux adolescents qui vont amis par les chemins !
Une inspiration m’a conduit vers la droite, et j’ai vu dans l’herbe verte un jeune cycliste blond, qui s’arrêtait pour faire des photos. Intrigué et curieux, je l’observais. Il est reparti par les bois et moi par le parking, et nous nous sommes croisés place de l’Anémomètre. J’ai fait le tour du rond-point, il a fait le tour du rond-point… et puis pris un chemin derrière moi. Il semblait bien jeune, je me suis fait l’effet d’un vieux pervers en le suivant ainsi du regard, et j’ai repris ma route asphaltée.
Un peu plus loin, je tourne à droite dans un chemin, et je croise un jeune cycliste blond avec un appareil photo et un grand sourire. Inutile de dire que je rayonne également. Le temps de reprendre mes esprits, le chemin allait plonger dans une vallée… demi-tour, donc ! Et me voilà sur les traces de l’éphèbe. Nous pédalons, tranquilles, sur les chemins, et puis je repasse à sa hauteur. Nouveau sourire… je bredouille une petite phrase :
— « Beau temps, pour essayer un nouvel appareil photo ? »
— « Comment ? »
— « La lumière est belle… »
— « Oui, mais ce n’est pas un nouvel appareil, c’est un argentique, qui était dans la famille » (un CANON EOS 350, j’ai cru voir)
— « C’est un réflex, on peut changer l’objectif, ou l’utiliser sur un numérique Canon… »
— « Oui, mais son diamètre est peu répandu, j’ai du mal à trouver des philtres »
— « Je vous ai vu faire une macro, il m’a semblé. C’était quoi, par curiosité ? »
— « Je m’entrainais au cadrage, je ne prenais pas de photo. »
— « Ah… Eh bien, bonne promenade ! »
— « Salut, bonne promenade ! »
Je ne savais plus quoi dire, j’étais sous le charme de la rencontre et ne voulais pas me sentir en position de draguer comme un vieux malin déplacé. Inexplicable gêne, car justement il avait l’air de me considérer comme un camarade (le ton du "Salut" m'a fait perdre 10 ou 20 ans). Un peu plus loin, il y avait une jolie vue sur la Grande Perspective du château de Meudon, aujourd’hui disparu. Je m’arrête donc et prends une photo ou deux avec mon minable portable (enfin c’est l’impression que j’avais). Un jeune cycliste blond apparaît, avec un appareil photo réflex argentique.
Nous avons parlé à nouveau, de Clamart, où il habitait, de ses études à Nantes pour préparer l’Ecole Louis Lumière, du Lycée Rabelais…
— « Ah , vous êtes allé au Lycée Rabelais ! »
— « Oui, enfin il y a longtemps… j’ai habité à Paris ensuite, et puis je suis de retour dans ce quartier, proche de la maison de Jean Arp et du lycée. Moi aussi, je me sens Meudonnais, car mes grands-parents habitaient à Meudon dans la même maison, qui aujourd’hui est administrativement à Clamart… »
— « Moi aussi, je suis allé à ce lycée, je suis Meudonnais d’origine »
J’ai retiré mon casque. Notre conversation a continué sur le cinéma, le mode de sélection de l’école Louis Lumière, la FEMIS, c’était très agréable. Et comment réussir dans le cinéma, si on n’est pas le fils d’un personnage du milieu, ce qui peut d’ailleurs être à double tranchant si on considère Guillaume Depardieu… Le jeune homme lui ressemble un peu, mais avec un visage plus sobre, moins tourmenté. On a parlé aussi des photos que je faisais, je lui ai dit que je ne savais jamais trop ce qu’elles donneraient, c’est un peu le jeu de l’art et du hasard et parfois j’obtiens une photo de moi que j’aime bien en cadrant au juger, avec le reflet du soleil dans l’étang, et sans mon visage.
Et puis il a pris son portable, je suppose qu’il recevait un message, et il a dit un mot comme « bon, allez… ». Je ne voulais pas gêner, suis donc reparti en le remerciant pour cette petite causette, et il avait l’air de trouver ça surprenant, de le remercier.
Et même, à la réflexion, il aurait peut-être apprécié que j’ajoute
— « La photo dont je parlais est sur mon portrait, en cherchant véloparis gayattitude sur Google on tombe dessus… » Ou bien
— « Si vous avez besoin d’acteur amateur ou de modèle, pour un travail sur le cinéma, la photo, je suis etc. »
Mais le plus timide n’est pas le jeune homme de 18/20 ans, c’est le complexé qui écrit ceci après les « affaires » d’Outreau, de Frédéric Mitterrand, de Polanski, quelques commentaires par ci par là… Rien à voir, bien sûr, mais en une fraction de seconde je me sentais sur un terrain menacé. Je devais me montrer distant, pour ne pas me montrer entreprenant. C’est aussi un peu à cause de ces innombrables petites phrases assassines, sur les différences d’âge, les vieux pervers… alors que je ne suis ni l’un ni l’autre, en plus ! Et on aurait pu se lier d’amitié, sans plus…
D’ailleurs, c’est ce qu’on a fait durant une dizaine de minutes, avec aussi cette impression de charme qui participe à la rencontre, et une amabilité hors du commun.
« Vienne la nuit, sonne l’heure
Les jours s’en vont, je demeure. »
Le poète a besoin d’amour
Et moi je n’attends que la mort
L'industrie, c'est une chose. L'organe de la vie en est une autre, et c'est ce qu'évoque pour moi ce charmant mammifère marin esbaudi. On le voit dans le Musée Municipal d'Art Moderne de la Ville de Paris, au Pavillon de Tokyo.
Tout le contraire des Temps Modernes, il est la vie ingénue, bras ouverts, étendu, ou redressant ses oreilles attentives. Affalé sur la plage ou songeant à convoler en judicieux accouplement, je trouve que l'art de Jean Arp est une bite. Et j'aime ça.
Aérien, nonchalant, pacifique et nubile, cet organe m'invite à la divination de ce que monde offert volubile et soyeux pourra de notre corps extraire par la queue.
Testé pour vous : Secteur X et théologie, avec une pensée pour les caves des cités
Difficile de reprendre l’adresse du légendaire Piano-Zinc… plusieurs s’y sont cassé les dents et Secteur X vient d’ouvrir. Rez-de-chaussée : entrée et bar convivial. On peut y bavarder, boire une Despérado pression pour 5 € (mercredi vers 18 heures) et laisser son gros sac pour 2 €. Il y a là un jeune homme qui discute avec le barman.
Avec ma bière à la main, j’ai voulu visiter les sous-sols… Première vision, un type en jock strap sodomise un comparse nu sous la lumière rouge, avec des râles suggestifs. Climat tempéré, ça m’a rappelé la Cour de Louis XIV, au niveau des émanations olfactives… Phéromones mâles ou pipi à côté de la cuvette qui se trouve à cet étage ? Il est vrai qu’on ne voit pas très bien, c’est le propre des backrooms. Si j’ose dire. On laisse la porte ouverte, c’est plus convivial.
Cette odeur excitante ne va pas avec la bière, prenons le petit escalier tournant aux marches invisibles… La sensation est différente au second sous-sol. Une humidité de cave à vin, une fuck room voutée, deux cabines et deux recoins. Je remonte par un autre escalier, plus carré et moins casse-gueule, en me tâtant le bas ventre avec un sourire complice devant le corps nu qui se contorsionne derrière le filet, suggestif. En repassant par le premier (cette odeur…) je revois le sodomisateur et constate qu’il a un joli petit sexe bien droit, dépassant du jock strap.
Je remonte par l’escalier en colimaçon, c’est sympa ces effets de théâtre… et retrouve le jeune homme qui discutait avec le barman. Quelques regards, une question de ma part :
— « Tu fais de la musique ? Tu en parlais je crois… »
— « Pas exactement, j’aide un pianiste à trouver des lieux de concert, en particulier dans les églises : Saint-Eustache, etc. J’ai de bons contacts dans les milieux ecclésiastiques, car je suis théologien. »
Il parle avec de charmantes intonations, et cette rencontre a quelque chose d’un don du ciel. J’aime bien les conversations déplacées, un vrai bonheur. Rencontrer Jésus dans un sex bar…
— « Tu sembles donc un homo québécois théologien, probablement chrétien ? »
— « Non, je ne suis pas de Québec. Je suis gay, en effet, et j’ai failli devenir prêtre. Il y a beaucoup de prêtres gays, tu sais. »
— « Malgré le Lévitique ? "Un homme qui couche avec un autre homme comme avec une femme constitue une abomination"… Il est vrai que devenir prêtre catholique est une solution, ainsi que l’abstinence. Mais le sexe est-il vraiment un pécher ? »
Sur ce point il n’a pas donné de réponse directe, précisant qu’on avance d’erreur en erreur en s’améliorant à chaque fois, les hétéros aussi ; ce sur quoi nous étions d’accord. Pour lui, l’homosexualité est une blessure. Il a été élevé par son père, non sans difficultés... Je risque un avis opposé:
— « Et si c’était une chance, au contraire, de voir une face de la réalité que la vie facile des hétéros ne permet pas de connaître ? Une situation difficile, c’est aussi une épreuve qui nous fait avancer »
Je ne sais plus ce qu’il a répondu exactement. Il me touchait l’épaule, par de petits contacts pour appuyer ses dires, et ça me faisait l’effet d’une électricité vitale. Il a dit aussi qu’à Québec les gens en voulaient à l’Eglise Catholique pour ses hypocrisies, tout en restant croyants.
— « Tu connais les thèses de Tony Anatrella, ce prêtre psychanalyste qui défend mordicus le modèle hétérosexué ? »
— « Oui, je l’ai eu comme enseignant ! Tu sais qu’il a lui-même des orientations homosexuelles ? »
Je m’esclaffe, je rigole… Ca par exemple, quelle hypocrisie, etc. (Ce blog est une fiction romanesque)
Mais dans un coin de mon cerveau ressurgit la mémoire de Franck Chaumont, invité sur Inter (Le Fou du Roi le 27/10) pour son livre Homo-ghetto, Gays et lesbiennes dans les cités, les clandestins de la République. De mémoire, il citait le témoignage d’un jeune beur gay, qui se livrait à des actes homophobes pour ne pas avoir l’air d’en être. Il racontait les viols collectifs de garçons efféminés dans les caves des cités…
— « Tu ne crois pas que cette hypocrisie, c’est le fond de commerce de toutes les Eglises ? Coincer les gens entre la mauvaise conscience et la Rédemption, car on sait bien que les pulsions sexuelles sont universelles et il suffit de les réprouver. C’est ce que leur reprochent beaucoup de gens plus sincères que ces hommes d’Eglise et de Pouvoir. »
— « Oui, bien sûr, l’Eglise doit avancer, elle aussi »
Il avait un coup de fil à passer, et moi une bière à pisser. Je l’ai retrouvé ensuite face à la vidéo du premier sous-sol :
— « Ce sont des jumeaux ? »
— « Je ne sais pas. C’est pire, si on est jumeaux ? »
Il est descendu au niveau inférieur, et puis je l’ai vu rentrer dans une cabine et fermer la porte.
Déçu, je me suis rabattu sur un homme de mon âge, voire plus, qui semblait motivé par mon débardeur ou mon sourire. Son corps un peu détendu, mais doux et sensuel, prenait dans la pénombre de la petite cave voûtée des allures de chorégraphie érotique. C’est sans doute plus conforme à la bonne façon de marcher. D’autant que cet expert m’a offert son entrecuisse par derrière avec un savoir-faire particulièrement délicieux, comme s’il avait un anneau de chair douce enchâssé sous les bourses… Vautré dans la luxure, je lui titille les tétons et il me propose du poppers. Drapeaux au vent, nous faisions la Joie des passants du second sous-sol. Il a exprimé en longs jets sur la pierre une satisfaction visible et sonore, prolongée sous mes caresses d’entrecuisses. Qui sait ce qu'il en sortira?
Passeport pour l’Enfer ? Pas de risques, pas de déception, satisfaction. Conduite exemplaire ? Je n’ai pas joui.
Je ne sais pas à quoi je crois, mais je sais parfaitement que mon seul pécher est l’orgueil. Et je le tiens pour une vertu.
Paris va être transformé en grand jardin public pour que les banlieusards puissent venir se promener, et fricoter dans les buissons en fleurs. Et monter au troisième étage du monument qui se dresse à la face du monde.
Je ne sais plus si j'ai déjà dit le bien que je pensais de cette oeuvre de jeunesse de Gus Van Sant. Tourné en 1985, sorti en 2006... faut dire, il y a un mineur, 17 ans, vous pensez! Et des pare-dessus élimés, et du noir et blanc, un microbudget, de l'improvisation artisanale, et des Mexicains illégaux! Une spontanéité bien supérieure à celle d'un Jim Jarmush, plus connu à l'époque et plus conventionnel.
Disponible en DVD dans toutes les bonnes bibliothèques, ou en VOD, ou à l'achat. Demandez-le sur grand écran, il ressort de temps en temps. Et pardonnez-moi de vous quitter, je dois accueillir un jeune Thaïlandais qui vient faire du tourisme sexuel en région parisienne. Mais il n'aura aucun problème s'il devient ministre: avec moi, c'est gratuit et je suis majeur depuis quelques heures (de vol).
Loi Durex duraille, Dura lex, et les Rolex déraillent
"Conformément à la loi de bioéthique, le tribunal de Rennes a rejeté la demande d'une veuve de 39 ans, qui voulait obtenir la restitution du sperme congelé de son mari décédé afin d'avoir un enfant."
C’est du moins ainsi que le Figaro présente le problème. Précisons que le mari n’est pas mort pour avoir un enfant, mais indignons-nous, c’est le moins qu’on puisse faire ! Je ne sais pas si c’est une bonne idée de faire un enfant post-mortem, je n’ai pas d’avis à émettre sur la vie d’autres personnes, et je suis fier de cette prudence, que la Loi n’a pas. Tout ce qu’on sait en l’occurrence et ça suffit bien, c’est qu’un homme et une femme étaient d’accord pour concevoir un enfant. La mort les a séparés. C’est quoi, la bioéthique, exactement ? Donner des leçons ?
C’est un aréopage de sages qui décide de ce qui est bon pour tous. C’est une éthique, c’est une mentalité. Probablement la même mentalité qui conduisit à interdire la contraception de 1920 à 1967 et ensuite punir l’apologie de la contraception, sous la pression des culs bénis chaudasses et honteux. C’est le même état d’esprit qui interdit l’adoption aux couples homosexuels, et qui a entraîné la condamnation de la France par la CEDH, cour européenne des droits de l'homme.
L’Etat se mêle de votre sperme, l’Etat se mêle de vos projets d’enfants, l’Eglise se mêle avec l’Etat, laissons-les donc dans les toilettes où on les a trouvés. Pas nettes.
Si vous êtes deux lesbiennes et deux pédés à gogues, rien ne vous empêchera d’introduire le sperme d’un des messieurs dans le vagin d’une des dames. Ne mélangez pas les deux spermes, vous risqueriez d’activer les spermatozoïdes tueurs ; n’appelez pas Sa Sainteté, le résultat serait le même. Les enfants aiment bien savoir qui est leur père et leur mère biologique, ne les privez pas de ce plaisir, et laissez Le Pape à ses bulles infécondes. Mais sachez que la clique à l’éthique te claque à la gueule avec sa tête à claque.
Par contre, si vous êtes un couple de beaufs adipeux et brutasses, vivants et répugnants, rien ne viendra vous empêcher de brandir vos rejetons dans la circulation comme des pare-chocs, et dans les endroits calmes comme des klaxons portatifs, avant de les mettre au placard pour en abuser tranquille. Vous avez tous les droits, vous êtes la Norme Bioéthique. L’énorme bioéthique. La gloire de la Patrie, du Travail et de la Famille. Vous êtes l’ordre, vous êtes dans l’ordre, et dans les Ordres. Les ors du royaume brillent pour vous, rebaptisés République.
Si vous êtes assureur, multinationale, Monsanto par exemple, et autres acteurs économiques de poids, rien ne vous empêchera de breveter le vivant, la vie était déjà phagocytée avant, alors un peu plus…
La dérégulation pour les mouvements de capitaux, la morale pour empêcher la vie quand elle échappe aux normes, et les charters pour les réfugiés afghans. Et l’Etat pour vomir.
Quand jugera-t-on les responsables de toute cette ignominie ?