J'écoute : Portishead Je regarde : l'intérieur de mon crâne, dégusté par un singe hurleur Je lis : Gender Trouble (Judith Butler) Je joue : tout le temps ou jamais, je ne sais Je mange : des figues Je bois : du jus de légumes (c'est un peu lassant de branler les carottes, mais ça les rend aimables) Je cite : Non, pas trop, j'existe Je pense : à l'écume d'un jour sur ta peau Je rêve : zavez qu'à lire, c'est écrit plus loin (mis à jour dimanche 10 août 2008 à 01:30)
On ne manifeste pas tout nu dans la rue
On va travailler en costume de ville, ou à la rigueur en jean bien raide.
On ne met plus de pantalons à pince.
On met des chaussures pointues et étroites.
On entretien son jardin ou on vit en appartement.
On fait le ménage, on repeint l’intérieur.
On repasse ses chemises.
On ne roule pas à vélo sur les passages piétons.
On se fait gentiment écraser.
On planifie ses vacances.
On ne se promène pas, on organise des randonnées avec des amis.
On ne fait pas l’amour avec des inconnus ni avec des amis, mais avec sa femme.
On offre des poupées aux filles et des tanks aux garçons.
On liquide l’héritage de mai 68.
On ne se marie pas entre hommes.
On ne blasphème pas.
On grossit à 40 ans, et on cesse de séduire.
On peut faire du sport mais dans les salles de sport.
On travaille plus, pour polluer plus, dans plus d’embouteillages.
Et moi, je m’ballade à vélo dans la vallée de Chevreuse, parce que j’ai eu envie d’aller là. Les vallons verdoyants, peuplés de chevaux et de riches masures champêtres, sont gratuits pour qui roule au cholestérol.
On y trouve des chaussées presque sans moteurs, par ce week-end du 15 août, et on y croise de souriants promeneurs, tout le monde semble heureux. Dans les côtes, je ralentis pour ne pas fatiguer. Tiens, un jeune homme me double… en danseuse, il a belle et bonne allure. Sa chemise ouverte vole au vent, il a un VTT, je vais le doubler sur le plat avec mon grand développement, je parie! En effet, je repasse, lui souris, il me sourit. Cheveux courts, entre 18 et 22 ans, plein de vitalité, il se met dans mes roues pour profiter de l’appel d’air.
Gif sur Yvette, St-Rémy, nous allons tous deux vers Chevreuse, puis Dampierre et son beau château. Je m’y arrête, pour faire quelques photos, il s’arrête aussi ! Le bonheur… Comme moi, il se promène sans but précis. Quelques mots sur le vélo, le temps, les routes désertes, je lui parle de la piste cyclable qui domine les Vaux de Cernay, et on y va. Je lui donne à boire de l’eau de source de mes bois, il me remercie, et on s’enfonce dans les sous-bois, comme si ça allait de soi.
Ca ne se fait pas, de raconter la suite, mais c’est si bon, de s’apercevoir qu’on n’est pas seul à avoir cet esprit de liberté qui me manquait à son âge, et que nous avons partagé un moment. Dieu merci, il n’est pas nécessaire de croire en tes adorateurs stupides pour profiter de ta bonne fortune.
Il aura du mal, le nabot président, à liquider l’héritage : c’est l’ensemble du monde occidental qu’il faudra alors liquider car malgré les conformismes énervants, malgré l’incompréhension de ceux qui n’ouvrent leur bouche d’égout que pour déverser des torrents de vomissures sur tout ce qui ressemble à de la détente, on a changé de millénaire. Faisons un vœu, avec ou sans étoiles filantes : et si un raz de marée étudiants et syndicats ravivait la Place Tian’anmen ?
En rentrant par le Bois de Verrières, je ne suis pas allé visiter les lieux où l’on se croise et où l’on s’épanche.
J’avais comme une envie... non pas de tuer ton chat, quelle idée stupide de chanteur des bas quartiers ! J’avais envie de croire en Dieu, en un Dieu inconnu des imbéciles, un Dieu qui n’a pas besoin de notre soumission mais envie de grandir avec nous. Un Dieu qu’il n’est pas opportun d’adorer, un Dieu modeste qui émane imperturbablement, à la faveur de la civilisation, un Dieu issu de tous les bonheurs gratuits des hommes libres. Comme une voile dans le vent, entre la vague et l'étrave, entre la vie et la mort, juste un glissement de bonheur partagé, inoubliable et immémorial.
Jozy, jeune athlète embrumé, émerge d'un sommeil difficile. Face à lui, et tout autour, des herbes froissées, odorantes... de la lavande. Il est étendu, vraiment comme dans un rêve, et il se souvient peu à peu: des skins l'avaient suivi, son roller s'est bloqué et il est tombé... sauvé de justesse par un bras secourable alors que sa tête allait heurter un bloc de pierre dissimulant un haut-parleur.
Il se souvient de la fièvre de sensualité qui les a gagnés, son sauveur et lui, leurs deux corps tête-bêche étendus dans les herbes hautes offrant toute leur vitalité juvénile... mais où est passé le jardinier? Jozy ressent profondément le besoin et l’absence de sa peau, de la fermeté et de la souplesse de son corps, et le goût d’amande est encore au bout de sa langue. Et il ne sait même pas son nom.
Il reste bien quelques outils, posés un peu plus loin, et Jozy se demande pourquoi ses souvenirs sont si nébuleux, et aussi quelle heure il peut être. Le crépuscule projette au ciel des traînées violettes sur fond noir et mauve, le tout prend un aspect moiré mais plutôt inquiétant. Les oiseaux ont laissé place à de curieux volatiles à peu près invisibles mais qui vous frôlent, probablement des chauves souris. Les haut-parleurs continuent à diffuser des sonorités étranges, on ne saurait dire s’il s’agit de musique ou de recherches sonores...
Mais que sont ces lueurs orangées, qui émanent, menaçantes, de derrière les buissons? Et la nuit qui est devenue noire en cinq minutes... il se passe quelque chose d'étrange. Les sons de plus en plus inquiétants ne viennent pas seulement du parcours sonore, ils surgissent et volent, ricanant, comme de mauvais génies qui se moquent du malheureux Jozy. Un brouhaha un peu sourd émane de la même direction que les lueurs, comme une foule ou une machine, un mauvais rêve, un Guernica réel. Une sale nuit étend son ombre de feu sur le monde.
Une voix de dictateur haineux et fatigué haranguant une foule obscène surgit de derrière les buissons. Jozy, attiré par une force qui le dépasse écarte les branches griffues, et son regard débouche sur une assemblée de skin-zombies, hypnotisée par un androïde verdâtre, comme un tribunal populaire.
Mais ce qu'il voit en premier, avec horreur, c'est ce qui l'attirait irrésistiblement, malgré la peur et la répulsion, malgré toutes les foules haineuses, plus fort que le reste du monde.
Le jardinier, l'homme qu'il aime et qui l'a sauvé, est attaché, les bras en croix, à une structure métallique, et tout porte à croire que les créatures sinistres s'apprêtent à le supplicier, après un simulacre de jugement.
Un long ruban suspendu relie le Parc de La Villette à celui de La Courneuve. Cité des 40 000, blocs à vendre aux enchères. Jozy fend la bise, les muscles gonflent son collant de patineur olympique. Des gosses jouent dans la fosse-fontaine aux tuyaux, car il fait chaud. Bleu, indigo, violet, un morceau d’arc en ciel dans le prisme de l’eau nébulisée fait une auréole à un petit Africain luisant de soleil.
A l’horizon, le gang des Vauriens apparaît sur le pont suspendu, précédé par des cris d’effroi. Les Juifs et les Arabes préfèrent se jeter dans les feuillages pour échapper à leur violence brutale et à leurs injures racistes. Jozy choisit de quitter le pont en empruntant un superbe pan incliné circulaire, qui complète une magnifique construction rouge, inutile et offerte au plaisir des passants. Il veut fuir dans le jardin aux roseaux, mais les Vauriens l’ont reconnu à sa combinaison de sportif moulante : il est circoncis, donc suspect. Ils le coursent.
Les patins permettent de prendre de l’avance, mais on ne peut pas se battre, on a le dessous à coup sûr, et Les Vauriens ne sont pas tendres. Le long du parcours, des haut-parleurs dissimulés dans la végétation diffusent une musique électroacoustique avec de superbes effets spatiaux. Un sinistre crissement s’y ajoute, et Josy plonge la tête en avant vers un bloc de marbre : une des roues vient de s’enrayer ! De puissants bras musclés le tirent sur le côté, surgis d’un buisson, et les deux corps tombent dans la mousse derrière la haie. Les beuglements des gros beaufs rasés se rapprochent, Jozy et son sauveur ne font plus aucun bruit. La tête du patineur s’est retrouvée contre la cuisse du jardinier, imprégnée de lavande et d’une autre odeur qui fait battre le cœur de Jozy.
Persuadés de courir après le jeune homme, les Vauriens s’éloignent et on n’entend plus que la musique électro, indifférente et sophistiquée. N’osant trop se lever, Jozy et le jardinier sentent leurs poils dressés sous leurs joues, et les effleurent du bout des lèvres, entrouvertes, puis ouvertes. La fine combinaison du patineur et le short du jardinier, dans leur position tête-bêche, offrent au regard de chacun une motivation odorante. La main de Jozy remonte le long d’une cuisse qui frissonne, à la rencontre des zones humides aux effluves enivrantes, entre l’arrondi et le haut des cuisses. Le jardinier niche son nez au même endroit de Jozy, serrant contre sa poitrine musclée le membre ému qui roule et humant les boules, tandis qu’il apprécie de ses mains vertes les muscles fessiers du jeune athlète.
Site en construction, revenez la semaine prochaine.
J'ai fait un rêve. Non, pas les peuples qui s'aiment et les individus qui se respectent, un rêve plus personnel.
Je parcourais au crépuscule en rollers des ruelles bretonnes, et je m'éclairais d'une torche longue, au bout un peu renflé, qui projetait dans les zones d'ombre un faisceau lumineux et jubilatoire, flash power. Le ruban asphalté, comme une piste cyclable, était bien roulant et le glissement bien plaisant. Les vacances...
J'ai un peu trébuché, je ne sais plus, toujours est-il que la torche m'a échappé, elle a roulé sur l'asphalte et en essayant de la rattraper, j'ai déchaussé un patin, qui s'est mis lui aussi à rouler. Ne pouvant poursuivre à la fois l'un et l'autre de ces objets, j'ai laissé échapper la torche vers une trou d'écoulement des eaux, où elle a disparu. J'ai tenté sans succès de passer le bras pour la rattraper, car je tenais beaucoup à cette lumière qui me procurait un plaisir d'enfant, comme un jouet.
Je suis passé sur le côté de la bande asphaltée, pour voir où aboutissait la conduite d'eau couverte, espérant rattraper la torche avant qu'elle rejoigne quelque égoût. De l'eau coulait, il faisait un peu sombre, et j'aurais bien aimé pouvoir éclairer... mais je retrouvai l'espoir d'attraper mon jouet en voyant par un jour. Une forme noire et luisante a bougé dans le filet d'eau, un peu comme une algue ou une sorte de mollusque, une créature inconnue que je voyais avec une vague curiosité.
En bougeant, la chose telle une pieuvre a déployé ses huit pattes, lentement au départ, et j'ai reconnu une énorme arraignée. Je domine à peu près ma phobie des arraignées, depuis que je me suis entraîné à la vision de ces animaux sur ma main à travers des boites transparentes, et je peux tenir un petit spécimen. Mais les tenants de Freud prétendent que dominer ainsi sa phobie n'en tarit pas la source, et qu'elle ressurgit ailleurs.
Cette arraignée noire et charnue est impressionante, mais je veux ma torche. Résolu à l'écraser du pied, je prends un peu d'adrénaline, lorsque surgit sa soeur, plus petite, à côté, plus rapide. Il me faut écraser les deux... et tandis que je m'y efforce, j'entends les griffes crispées d'un chat dérapant sur le montant du lit, et le hurlement inhumain que je pousse en donnant de grands coups de pieds à la malheureuse bête qui dormait sagement à mes pieds. Il restera deux heures caché sous le lit, traumatisé, le pauvre chat, avant de se risquer à un miaulement plaintif! (il est remonté, ronronnant, depuis)
Le même lit, un peu trop court, ou est morte ma grand-mère, ce que j'ai su 6 ans plus tard, 6 ans de malheur, rejeté et martyrisé par mes camarades entre 5 et 11 ans. Dans le même lit a dormi ma mère, qui ne savait me dire la mort, et qui est morte à son tour. Avant toutes ces morts, j'étais enfant joueur, élevé par Mammé, infiniment douce, et préférant un tout petit petit petit petit petit petit peu Maman.
C'est ce que je répondais alors, quand la voisine perverses me demandait qui je préférais des deux femmes, ma mère et ma grand mère, deux veuves noires, un peu concurrentes pour se faire aimer du petit gars joueur et téméraire. La même voisine, qui répandait des rumeurs salaces sur la vie de ma mère, l'accusant d'avoir fait mourir ma grand-mère en lui confiant la charge de cet enfant illégitime. La même, tapait au mur mitoyen pour signaler la présence d'un des nombreux exhibitionnistes qui venaient stimuler son regard et faire bouger ses rideaux.
Insecte... j'ai une terrible phobie des insectes, et elle s'assagit. Avant ce rêve, j'ai joui de regarder quelques scènes où deux femmes habillées abusent d'un homme sans défense, souvent jeune, le déshabillent et l'obligent à se masturber devant elles (Clothed Females Naked Men, le sujet de l'article et du post précédent). Après ce rêve, plus question. Il me faut des garçons, ensemble, plein de garçons, que des garçons (Guys go crazy par exemple).
Insecte... Tous, un jour, nous devons quitter l'univers structurant, rassurant ou obsédant du foyer, pour aller vers l'autre, à l'adolescence: les copains, les copines, le sexe désiré. Et laisser au loin la source du désir, cette source que Freud nomme Oedipe.
Insecte... Au fait, la voisine qu'on appelait la mère Breizhonek, elle était bretonne. Comme les vacances, avec les petits veaux, et les grands-mères, ou plus tard, avec les copains, et les copines. Pines. comme une torche éclairant les parties obscures d'un jouir céleste. Les patins roulent loin de moi, comme cette affection de mollusques qui m'a tant fait souffrir.
Insecte, insecte... Inceste, bien sûr, et dans mon cas la sexualité vers les femmes est interdite par le tabou de l'inceste. Faut-il être bête, pour y voir une perversion?
Merci de lire ça gratuitement, chez le psy ça m'aurait couté 50 euros.
Comment by Nathalie:
Super votre site.
Un petit conseil pour humilier votre homme en public : faite comme moi en retirant toujours complètement le “voile-doublure” de son maillot de bain (toujours choisi dans un modèle très fin moulant de couleur très claire)..
Vous verrez, comme c’est délicieux et surtout émoustillant de le voir déambuler rouge de honte à la piscine ou sur une plage bondée de monde …
Lisez plutôt le blog de Valerio du 6 juillet, franchement c'est mieux
Un journal, c'est fait pour raconter sa vie n'importe comment.
Hier, je suis allé à l'Eagle, rue des Lombards, parce qu'il y a une piste de danse et une backroom, or j'avais envie de danser et de baiser grassement. Pour ce qui est de danser, pas mal... à part le truc à fumée parfumée qui me faisait suffoquer au moment où je m'y attendais le moins, et la vodka Red Blurp, qui a la même odeur à gerber (on m'y reprendra pas). Il y avait des visages et des attitudes agréables, certains déjà vus sur ce site ne m'ont apparemment pas reconnu, j'allais pas faire du zèle. Par contre, en dansant j'en fais trop, semble-t-il, si j'en crois une remarque aimable, genre "c'est bien, tu t'appliques"... c'est vrai, j'aime bien les improvisations échevelées, au risque d'être ridicule, et il y en a aussi à qui ça plait! (généralement des femmes, nobody's perfect, et y'en avait pas à l'Eagle) (sauf une, aux toilettes, j'ai pas compris)
Ensuite, je me suis dirigé vers la backroom, suivi d'une foule de curieux, un peu trop insistants (quoi, j'ai le droit de rêver, non?). Le problème, c'est que je suis un peu voyeur, pas mal exhibitionniste, et dans la backroom on n'y voit rien. Des trucs vous passent la main dans des endroits, et on se dit en ressortant qu'il valait mieux pas les voir. Ils se disent pareil, sûrement. Je suis allé me rincer la bite dans le lavabo ultra classe, genre café de la famille Costes, pour faire passer les odeurs de tabac froid. C'est pas pratique, ce lavabo design, pasque le détecteur de mains ne détecte pas les bites, alors que les dindes les détectent et sont très offusquées. "Haaan, t'as vu!". "Ah ben dis-donc!" Faut dire il y a de quoi s'étonner, c'est au moins à un mètre du pissoire, qui a exactement le même aspect que le lavabo... ils ont cru que je me trompais, sans doute.
Après, je suis rentré chez moi à vélo en écrasant le plus de passants possible, c'est à dire aucun, comme d'habitude. J'ai réveillé la machine à windows, et j'ai ouvert des fenêtres en cascade avec des échantillons gratuits de sites porno d'un genre encore inconnu de moi, le CFNM. Il y a généralement un jeune homme qui a l'air un peu couillon, pris en main par des femelles délurées. Elles restent habillées, mais elles désapent le mec et l'obligent à se masturber devant elles, avec diverses variantes en option. Ben j'ai trouvé ça très excitant, à ma grande surprise. Les filles qui restent habillées... ça va. Non, c'est vrai, ça m'a bien plu. Au bout d'un moment, il y avait dix-huit fenêtres ouvertes sur l'ordinateur, j'ai conclu avant qu'il plante.
Un auteur que j'apprécie énormément raconte une expérience, que je cite de mémoire. C'est un psychiatre, qui étudie aussi les comportements animaux d'un point de vue scientifique, l'éthologie.
Sur 40 chiots, 20 sont élevés normalement, avec leur mère et en présence d'humains. Les 20 autres, de même race et de même aspect, sont élevés en situation de carence affective: toutes les conditions matérielles pour leur assurer le confort et une croissance optimale, mais ils sont séparés et ne voient pas âme qui vive.
Ensuite, les chiots sont numérotés dans le désordre de 1 à 40, et on explique à 20 psychologues ce qui a été fait, puis on les met tous en présence et on leur demande de reconnaître les chiots normaux. Tous les psychologues dressent invariablement la même liste... celle des chiots élevés en carence affective.
En effet, ces derniers sont aux anges de découvrir des humains: ils se précipitent, font des fêtes, ils sont adorables. Exactement ce qu'un psychologue attend d'un jeune chien. Les autres, déjà familiarisés, découvrent des inconnus et ils ont des attitudes plus mitigées. Ils s'approchent, puis se détournent, donnant des signes de méfiance, hésitent... ce que les psychologues interprètent comme un comportement perturbé.
Ce paradoxe, bien connu des éleveurs les moins scrupuleux, montre combien il est difficile de pratiquer une science humaine. Le chercheur est influencé par ses propres désirs, convictions et attentes, ce qui introduit de la subjectivité. L'homme, au centre des sciences humaines, est donc mal placé pour les pratiquer. C'est pourquoi il croit en Dieu, probablement.
Pour lire la version originale, c'est de Boris Cyrulnik dans "Sous le signe du lien", je crois. Sinon c'est "Signes de singes et paroles d'hommes".
Pendant que les déclarations politiques les plus stupides s'ajoutent les unes aux autres, après les retrouvailles pleines de bons sentiments, on nous berce de questions inutiles qui masquent la réalité.
En Colombie, il y a des paysans pauvres qui savent cultiver la coca et aux USA il y a des riches qui sont prêts à l'acheter très cher. Entre les deux, il y a le pouvoir politico militaire qui veut protéger la jeunesse dorée, et qui interdit aux pays comme la Colombie d'exporter officiellement de la cocaïne. Autant interdire à l'eau de couler des montagnes.
Marxistes, les guerilleros? Tu parles! Bon prétexte pour justifier des zones échappant au pouvoir, à la solde des narcotraffiquants qui ont les moyens d'acheter des armes (à qui, au fait?). Les FARC et les paramilitaires se disputent le gateau, les autorités détruisent ls récoltes en les bombardant avec des désherbant ultra nocifs, et qui de toute façon détruisent aussi les cultures alimentaires.
Les vraies victimes restent là-bas, otages de ceux qui jouent à la guerre, et j'accuse la répression de profiter uniquement aux mafieux, exactement comme la prohibition de l'alcool à Chicago dans les années 1920. C'est la répression qui fait monter les prix, alors que la consommation d'alcool et de tabac baisse par d'autres moyens, dans le respect de la responsabilité de chacun.
Une expérience a été faite dans un comté en Grande Bretagne dans les années 90: distribuer sous contrôle médical de la drogue aux drogués. Je parle des vraies drogues, celles qui tuent (pas plus que la bagnole, remarque, autre drogue).
Résultat: baisse de la délinquance et des morts par overdose. Baisse des profits occultes, évidemment. A qui profite le crime?
On a trouvé le gène de la normalité! (je l'ai pas)
J’ai parfois l’étrange sentiment d’être un bonobo égaré dans un monde de brutes, de chimpanzés tapageurs, intrépides et bruyants, qui choisissent leurs leaders à leur image. J’ai aussi l’impression moins originale que je suis plus intelligent que les autres. Hélas personne ne veut l’admettre, ça me déprime et pour me guérir il faudrait soigner les autres. Donc mon cas est grave : ceux qui pensent qu’ils vont très bien et que ce sont les autres qui sont fous méritent une attention toute particulière dans les services psychiatriques...
L’intelligence, la folie, l’homosexualité, l’agressivité et le crime ont fasciné des générations de généticiens, généralement de droite car les hommes politiques responsables essaient plutôt d’agir là où ils le peuvent : sur les conditions de vie. A l’inverse, les monarchistes s’en remettent aux gènes et à Dieu : « bon sang ne saurait mentir ». Et les imbéciles recherchent une pureté raciale qui serait le meilleur moyen d’appauvrir et de fragiliser l’espèce. Le fascisme ne passera pas, car il ne produit que des dégénérés et des cadavres. Entre ces extrêmes, Sarkozy et les bonnes gens disent que c’est dans les gènes (un peu tout : la pédophilie, la dépression, la délinquance, pourquoi pas les odeurs d’aisselle…)
Pour ma part, je me contenterai d’aborder le gène du crime et celui de l’homosexualité, leur similitude et leurs différences.
La similitude saute aux yeux : dans les deux cas, on l’a cherché en vain, on a cru le trouver, on a démenti et on a polémiqué, beaucoup et de tous temps. Les tenants de la génétique psychosociologique ont émis l’hypothèse (logique) que plusieurs gènes pourraient interagir. Des méthodes statistiques inspirées de l’épidémiologie autorisent des progrès scientifiques intéressants, contestables parfois sur le plan éthique, mais le sujet de fond reste une problématique arbitraire et donc mal posée.
Revenons à nos amis les gays, la gêne appelle la génétique. Certains espèrent se dédouaner : c’est pas de ma faute, si j’ai le gène ! Ils subissent encore les conséquences d’une mauvaise réputation qui tire ses sources d’écrits religieux antédiluviens, communs aux trois grandes religions monothéistes et à mon avis mal compris (Sodome et Gomorrhe parlent de l’esclavage sexuel et non de l’homosexualité). Les autres gays se cachent (en Chine), ou s’exposent (à San Francisco, dans le Marais, complètement nus au soleil…).
J’ai lu dans Pour la Science il y a au moins 10 ans une petite controverse qui reparaît périodiquement : se pourrait-il que l’orientation sexuelle soit en partie d’origine génétique ? La question était ramenée à l’homosexualité masculine, et deux points de vue étaient présentés :
1. POUR Un généticien se posait cette question : si mon frère est homo, quelle sont mes chances de l’être aussi ? Il faisait un savant calcul sur les fratries comportant un homosexuel caractérisé, et soutenait l’hypothèse d’une prédisposition génétique plurifactorielle. J’ai surtout retenu cet argument simple : si vous avez un vrai jumeau qui est homosexuel, vous avez une chance sur deux d’être vous-même attiré par les hommes. Ce qui est beaucoup plus que pour le reste de la population, en particulier les faux jumeaux (génétiquement différents).
2. CONTRE Un psychiatre dénonçait un mauvais débat, les facteurs acquis et psychologiques lui semblant prédominants. Il démontait l’argumentaire du premier, remarquant à juste titre que si ce caractère était d’origine génétique, même avec plusieurs gènes en cause, la proportion parmi les vrais jumeaux devrait monter aux alentours de 100%.
En effet, 50% parmi les vrais jumeaux, c’est trop peu ! Comment font les autres pour être sexuellement différents, alors qu’ils ont tout pareil : les gênes, les parents, la vie quotidienne identique au même moment, les mêmes pronostics astrologiques… C’est pas logique !
Intéressant débat sur un verre à moitié vide, ou à moitié plein. J’ai en mémoire une citation attribuée à Boris Cyrulnik : les caractères humains sont 100% génétiques et 100% acquis. J’y ajouterai que c’est tellement inextricable qu’un certain libre arbitre apparaît dans le labyrinthe, mais pas toujours au moment où on le croirait. Par exemple dans la petite enfance, inconsciemment on penche d’un côté ou de l’autre sur des milliards de questions, avec nos milliards de neurones en pleine structuration.
Mais j’ai surtout une idée... trop simple? Il me semble assez vraisemblable que la nature ait favorisé un gène de l’hétérosexualité, pour la reproduction sexuée. Quoi de plus normal? Et je comprends que l’homme ait cherché le gène de l’homosexualité, comme on cherchait celui du crime au siècle dernier. De même, les eugénistes cherchent encore celui de l’intelligence : toujours focaliser sur l’exception au sein de la communauté à laquelle on se rattache (l’intelligence est en effet exceptionnelle chez les eugénistes).
Favoriser l’aptitude à la reproduction, ça me semble assez cohérent avec ce que je comprends de l’évolution. Cela justifie bien le caractère génétique et physiologique de l’attirance pour l’autre sexe (les phéromones, la bonne santé etc.). Mais l’homme est assez particulier. Son cerveau enrichi (néocortex) le rend plus adaptable, plus communicatif, plus libre et plus complexe. Plus complexé, aussi. C'est normal.
A-t-on besoin de gènes, et de renifler des femelles en chaleur, pour se reproduire et assurer la survie de l’espèce ? Non, l'homme a besoin d’érotisme et de vivre ensemble. Il a besoin de coopérer, parce qu’il est vulnérable, parce que l’éducation d’un petit d’homme est longue et fastidieuse, parce que la mise bas est périlleuse. Et sa culture est puissante, comme son agriculture. Et ses frustrations.
Quelques mâles incertains, qui s’amourachent d’autres mâles, ne peuvent que détendre les rapports violents entre mâles concurrents. Ils pourraient même, par leur fonction de bouffon, et parfois de bouc émissaire, faciliter la socialisation des tribus où ils sont présents. Ainsi ils contribuent à la survie de leurs proches, à reproduire les gènes qu’ils ont en commun et les schémas qui les relient sur la voie de la civilisation. C’est peut-être pour ça qu’il y a des homosexuels, et qu’il y en a partout, même là où c’est puni de mort comme en Iran. Et puis dans cette hypothèse, ces personnes sont potentiellement bisexuelles. Rien n’empêche que certains, parmi ces mâles «dégénérés», aient le «bon goût» de regarder les filles, de les séduire, et de se reproduire, même si aucun gène particulier ne les y oblige ! Disons… pourquoi pas un sur deux ? Comme les jumeaux, justement !
Voilà qui expliquerait le célèbre paradoxe de Coluche : les pédés, ils se reproduisent pas et pourtant y’en a de plus en plus ! Ce ne seraient pas des gens qui ont un gène de trop, une case en moins ou un trou en plus, mais un certain gène en moins, celui de la grosse brute militaire pleine de poils qui viole les femmes, tue les hommes et mange les enfants. Je force un peu le trait.
Une combinaison génétique dominante déterminerait une prédisposition à l’attirance hétérosexuelle… et probablement aussi une répulsion entre mâles pleins de poils et qui sentent les phéromones, surtout sous les aisselles. Les poilus de quatorze, les chimpanzés qui cassent des branches en poussant des cris de guerre, ne sont pas réputés pour leurs attraits homosexuels, contrairement aux bonobos qui se masturbent tous ensemble pour apaiser les tensions du groupe, se reproduisent face à face, et sont si émotifs que des humains s’y attachent comme à leurs propres enfants.
Concluons avec cette citation de Boris Vian attribuée à un gros matou : « Je me taperais bien une chatte tricolore, ou à la rigueur un jeune chat pas trop avancé. » Contrairement aux jeunes chats, qui ne se laissent jamais faire, il existe des hommes majeurs et consentants, pour le plus grand bien de l’humanité!
Mais oui, parfaitement cohérent, tu me sembles! Et loin de moi l'idée de te demander de changer ou de travailler sur toi. Ce qui ne m'empêche pas d'avoir certains goûts plutôt que d'autres, et ne changeons rien, échangeons tout.
Ce n'est pas une proposition romantique, c'est un parti-pris philosophique et amical. Et je ne change pas non plus: j'embrasse pas, je ne prends pas le bras, mais je prends la tête à tout le monde! Eventuellement je prends du plaisir, mais de préférence tout seul ou à un plus un (plus d’autres si affinités): l'amour nuit au plaisir et à la santé mentale.
Il y a mieux à prendre de la religion que la morale sexuelle, par exemple la tolérance, le respect de l'autre, et des distances. La diversité est facteur de bonheur. La confusion des personnes dans une fusion des corps et des âmes n'est qu'une régression au stade infantile favorisée par des prêtres pédophiles (non, pas dans le sens sexuel de ce mot, réfléchis!).
Ca, c'est ma proposition de cohérence. Et si tu es différent, ce qui me semble évident, tu t'entendras mieux avec d'autres. Mais une curiosité, une sympathie et un désir de connaissance peuvent conduire nos regards, nos esprits et nos corps à se désirer et se rencontrer.
C'est la vraie vertu de l'amour: ce qui nous sépare de notre cocon pour nous faire voyager avec d'autres, vraiment autres, surprenants et inaccessibles.
Et puis j'ai vécu 13 ans avec un jeune homme beaucoup plus fusionnel et amoureux que moi (au début). Je commençais à me satisfaire de cette amitié fidèle, devenue plus calme. Il a préféré raviver l'ivresse de l'amour avec un autre, ce qui est cohérent de sa part. Love will tear us apart, again.
Je me souviens de mon adolescence. J'étais alors enthousiasmé par la virilité, organique, qui remplissait nos shorts. J'adorais les formes dévoilées dans les vestiaires, cette fierté ivre que la testostérone communiquait aux heureux possesseurs de poils nouveaux et de bourses pesantes.
J'étais amoureux d'un naturisme un peu frondeur. Il poussa certains d'entre nous, les plus hardis, un jour d'été, à s'exposer aux arrosages des pelouses sur le terrain de sport, dans le plus simple appareil. Rafraîchissant, et excitant.
Cette liberté qui allait de l'avant à la fin des 70's, laissant en arrière un passé castrateur et autoritaire, a nourri au-delà des fantasmes l'aspiration à une certaine forme de rapports amoureux.
Dix ou quinze ans plus tard, je pense que tu as connu une naissance au sexe assez différente. Et tu n'es pas le seul: ta génération m’a offert quelques amants, et j'ai souvent le sentiment que pour eux, et moi avec, le passage au contact sexuel a quelque chose de plus rude, plus brutal, comme si une forte pulsion prenait alors les commandes d'un mâle en rut. Un instant auparavant, ils étaient de gentils garçons, sensuels, pudiques et attirants. Après, il redeviennent câlins.
Tout bascule au moment du baiser: d'amical et ludique le rapport devient amoureux, les corps se pénètrent par la bouche et se possèdent. Ma conviction est que cette rupture est contraire à la nature humaine. Elle vient du cinéma, et comporte en ombre chinoise l'interdit de montrer la masturbation, l'érection... le désir, en fait. Seul l'amour est permis, pour diverses raisons enracinées dans la tradition religieuse.
Ce décalage entre l'individu et la représentation sociale qui s'impose, est conforté par la morale économique: tu dois travailler pour réussir, et t'accoupler pour fonder une famille. Tu transmettras tes patrimoines, le biologique et surtout le social, fruit de ton travail qu’il faudra poursuivre pour dominer le monde. Quelques instants de défoulement pulsionnel sont admis dans ce but, mais n’en abuse pas : c’est bestial, et ça doit le rester.
Cette dramatique imposture est apparue je crois lors du passage du chasseur cueilleur à l'agriculture. Il ne s'agissait plus de jouer ni de jouir, mais de travailler et de combattre, pour préserver son patrimoine et pour préserver sa femme des parasites opportunistes, afin de promouvoir sa propre descendance. C'est qu'elle aimait bien les beaux chasseurs, la coquine! Elle qui deviendra la salope, avec la notion de pécher adultère et l'hypocrisie du bourgeois. Elle qu'on croyait seule fertile, on a compris qu'on la fertilisait, comme la terre, à la même époque.
Un réel progrès, l'agriculture, a entraîné de terribles contraintes, qui ne devraient plus avoir cours avec l'émancipation des femmes et le choix des naissances.
Il y a dans cet héritage une part que je refuse. Je garde la coopération solidaire plutôt que l'appropriation. Et je me comporte parfois dans les dunes, les bois sauvages ou les bars "naturistes" comme un chasseur cueilleur en matière de plaisirs solitaires partagés. C’est ma façon de m’extraire d’une influence aussi illégitime que ma propre filiation.
J’ai toujours envie de pervertir la jeunesse. Parce que je suis convaincu que la perversité est plutôt de l’autre côté, et qu’en renonçant à une mauvaise morale utilitariste pour de plus authentiques plaisirs, on renonce à un mal certain pour un bien certain (de par sa nature, même s'il semble aventureux). Drôle d’idée, de paraphraser Spinoza dans le traité sur la réforme de l'entendement ? D’un mot, on renonce à Babylone et je ne sais pas bien décrire pour quel bien, car il reste à pétrir de nos mains.
Tiens, cette profession de foi pourrait trouver sa place sur mon blog… mais je t’en laisse la primeur et je vais récupérer mon vélo aux écrous resserrés par un homme de l’art. J’en profiterai pour l’emporter à la campagne et parcourir des paysages.
Je ne crois pas que les machistes coincés qui ont besoin de grosses machines à pétrole, de pouvoirs et de salopes soient l'avenir de l'homme, ou alors c'est que l'homme n'a pas beaucoup d'avenir.
Je crois à l'avenir des pédés bâtards à vélo, et à voile, des enculés, des femmes libres, et de l'humanité... mais je peux me tromper. Les plus hargneux ont tendance à dominer le monde en temps de pénurie. Ca pourrait bien revenir, et conduire leur descendance au désastre, si on n'était pas là pour détendre l'atmosphère.
L’autre nuit, j’ai rêvé comme un enfant. Le rêve, c’est ce qui vit sans vieillir ? Loin des moteurs bruyants et des enfants gâtés de l’Europe, loin des gesticulations et des efforts pour paraître, il y a l’océan. Comme l’enfant de la haute mer, je suis resté entre le ciel et l’infini. Peut-être un marin en passant par là un jour de tempête a-t-il rêvé de moi. J’y demeure, et j’attends.
En réalité, je navigue entre deux eaux, dans quelque Marais où l’on peut émoustiller le gentil corps tout chaud d’un moustachu adorateur de fluides, et qui sait foutrement bien les extraire. Dans quelque forêt printanière, où les mares attendent les canards, on peut attirer le chaland et jouer le gibier. Tout part d’un geste et d’un regard, et puis tout vous sourit.
Rencontrer l’Autre par l’écrit, et par ici, c’est une autre affaire. C’est jouer sur tant de tableaux, et parcourir tant de domaines, qu’il est illusoire de savoir où l’on va. Beaucoup semblent savoir ce qu’ils veulent, ils le trouveront sans doute et cesseront de chercher. Moi je ne sais pas, je ne suis qu’un des promeneurs de rêves.
L’idée me plait de naviguer en utilisant deux éléments de densités différentes, comme un bateau sur l'eau à la voile gonflée, tissu tendu offert aux vents portants.
Lorsque le vent de travers appuie le vaisseau sur la mer, la quille et le safran le propulsent comme pris en ciseau, plus vite que le vent, contre lui au besoin, fendant les vagues avec un froissement vibrant, puissant et doux. C'est la main sur la barre, l'autre main sur l'écoute, l'équilibre du corps, le regard ondoyant sur le ventre accueillant qui berce dans la houle nos amis endormis. Il nous porte, à raison de 100 milles par jour au large de Terre Neuve, en direction d'Ouessant.
C'est ce cap franchi dans l'amour, quand on ne sait plus où commence et où finit le corps de l'un. C'est l'anneau sur l'anneau, les anneaux se frôlent et se forment, sans jamais s'emmêler en maillons.
C'est rare, et peu importe. En chemin, la ballade raisonne à mes sens comme quelque accent de saxo dans une cour aux parfums d'épices, rue de la Fontaine au Roi ou de la Grange aux Belles. C’est là que pour la première fois la paume de ma main a rejoint un slip de 20 ans, pour en tâter le désir et nous inonder de plaisir.
Samedi, je cheminais à bicyclette au Parc de Versailles, et j’ai vu approcher un Monsieur qui appelait un jeune homme, comme pour lui éviter de s’égarer. Ce dernier n’en faisait qu’à sa tête. Il allait de droite et de gauche, jouant à passer sous des morceaux de bois, qu'on avait placés autour des troncs de jeunes arbres, sans doute pour les protéger ou les guider. Il marchait sans hésiter mais sans constance, d’une démarche un peu bizarre, comme absorbé dans ses rêves. Il tenait contre sa bouche un mouchoir.
Il m’a regardé, souriant, et s’est dirigé droit sur moi. Je ne bougeais pas, un peu interloqué. Parvenu face à moi, il a saisi ma main, et l’a portée à sa joue opposée, suscitant une caresse du revers des doigts, qui sembla le satisfaire. J’avais le sentiment d’une communication très brève, et très intense. Troublante, a posteriori, et comme absolument naturelle sur l’instant. Une tendresse infinie dans un temps trop bref pour se poser la question de son opportunité.
Non, il n’était pas fou, probablement autiste. Je me suis senti très proche de lui. Message divin ? Mêlé d’une attirance trouble ? ou pure ? Je me suis dit depuis que si l’autisme est une maladie rendant presque impossible la relation à autrui, il y a quelque chose qui est passé entre nous et c’est dommage que l’occasion ne s’en présente plus jamais, surtout si pour lui c’est exceptionnel. Souhaitons que je ne sois pas le seul à accueillir avec plaisir et bienveillance cette tendresse contraire à la pudeur et aux usages. Ce qui est troublant par-dessus tout, c’est que malgré les sons inarticulés par lesquels il tentait de parler par la suite, et dans le vide, son esprit semblait animé d’une activité profonde, intense et autonome.
C'était samedi 22 avril 2006 et je ne l'ai jamais revu, bien que je sois retourné plusieurs fois dans ce fond de parc, non loin du Hameau de la Reine.
Aujourd'hui, j'ai déjeuné avec un jeune homme brillant et quasi monarchiste du côté du Louvres, et je me suis senti un peu vieux.
Je me souviens des années 60. La science allait sauver le monde de l'obscurantisme, tout était ingénieux: les frigidaires, les machines à laver, la médecine, la télévision qui trônait au salon remplaçant la vieille cheminée... Et puis l'Espace, qui n'était pas encore devenu l'Espace Beauté mais restait un immense espoir de voyages et de découvertes, entre rêve et réalité. Pour l'incarner sur terre, il y avait la DS, véhicule intergalactique transportant sur un coussin d'air des gens importants (avec le mal de mer). Pour les autres, la 2 chevaux, dromadaire du désert français.
Ne manquez pas Yuri et les Spoutniks
D'accord, je n'étais pas né quand Gagarine a mis le pied sur les étoiles, mais ce rêve est encore présent, d'autant qu'il représente un vague espoir d'échapper au cauchemar. C'était pas une bonne idée, de transformer méthodiquement tout le carbone solide en gaz à effet de serre, du tas de feuilles mortes aux puits de pétrole en passant par les mines et les gisements de gaz. On n'aura rien oublié: la politique de la Terre brûlée. Donc, allons voir plus loin.
Les Scoutniks
Grâce à Yuri, à la chienne savante Laïka (qui a dû gémir longtemps de faim et de soif avant d'exploser dans le vide) et à d'autres héros cosmiques, on aura peut-être la possibilité de découvrir sur mars avec un frisson ce que devient une planète, après la vie. Chef, ya plus de pétrole. Ni d'eau, ni d'atmosphère. Qu'est-ce qu'on fait, on rentre ou on creuse?
Vous pouvez voir qu'il est plus périlleux de manifester pour la nature à Paris qu'à Barcelone, d'où est parti le mouvement cyclonudiste. La nature, c'est fragile comme la planète et le corps des hommes et des femmes, libres de toute carapace dans la circulation motorisée, qui pollue, qui pue et qui tue.
Plus de place pour la vie, la ferraille à la casse!
Les drogués du moteur se livrent à une surenchère permanente. C'est à qui sera plus haut, plus gros, plus bruyant, prendra plus de place aux piétons, cyclistes et rollers. C'est à qui prendra plus d'oxygène à nos poumons, plus de pétrole aux pécheurs et aux agriculteurs, qui en ont besoin pour nourrir nos corps. Bientôt ils disputeront le maïs aux affamés du tiers monde pour faire marcher la clim dans le 4X4, bloqués dans leurs embouteillages.
Libéré des moteurs, le coeur de Paris bat plus fort
Cet après-midi, la rue était rendue aux corps festifs venus exposer leur fragilité à la vue de tous. La nature était là dans Paris redevenu village, des rues où on s'entend respirer et où on redécouvre la vie, la vraie. La Préfecture de Police s'est montrée particulièrement zélée à arrêter ceux qui se dénudaient complètement, c'est stupide mais la lutte continue, sans violence et sans haine.
On avance, on avance, on n'a pas besoin d'essence!
Un blond et un brun, dévêtus, appétissants comme des brioches dorées. Leurs photos me mettent en joie, et à ceux qui me demandent pourquoi, je les envoie. Cette question commence à me chauffer : "pourquoi préfères-tu les hommes ?" Jusqu’à un certain point, elle peut alimenter ma curiosité. Et plus encore celle de mon psychanalyste arménien, ou de ma cousine pratiquante. Moi je m’en tâte.
Ma cousine catho m’envoie les propos immondes d’un prêtre psychanalyste, sexiste et homophobe, conseiller du pape en matière conjugale… Un jour j'en ai eu assez de lutter contre les vents dominants de leur psychologie à deux balles. J'étais exaspéré de sentir les soupçons se porter sur ma mère, son choix d'une vie célibataire, sur mon degré de maturité, de virilité. Pour faire cesser la question idiote je lui ai dit que j’étais simplement attiré par ça et j’ai envoyé des photos de jeunes hommes allant nus et jouant librement sur la plage. Elle n’était pas contente.
Pour comprendre, je les ai envoyées aussi à une copine très libre : libre union, libre pensée, libre graphiste à horaires libres, libres sont aussi ses enfants de l’appeler par son prénom ou Maman, comme ils sentent. Une brune à talons plats, pas trop contaminée par le conformisme des catéchumènes. Je l’ai vue hier, et elle a protesté, dénigrant mes images érotiques : « j’ai failli te répondre à chaud, mais je me suis retenue. Pourquoi tu m’envoies ces gueules de cons en lumière blanche, sans aucun intérêt, même leurs bites sont moches et sans intérêt, c’est de la pornographie de merde, on les a payés pour ça et c’est tout. »
Curieux, moi je trouve justement qu’ils ont l’air de bien s’amuser, payés ou non. Elle aurait peut-être mieux compris ça avec les photos en érection que je n’ai pas envoyées… je trouve qu’ils sont à l'opposé de ces aguicheuses, maquillées à outrance et munies de faux ongles, qui enlaidissent les magazines « de charme » pour les hommes comme il faut.
Pourquoi tant d’incompréhension ? Pourquoi ces questions, ces tabous ? Et vous, pourquoi préférez-vous les blondes épilées avec robe fourreau, talons aguille et "un brin" de vulgarité ? Et pourquoi les femmes ont-elles plus souvent mal au dos ? Peut-être parce que la poitrine et les talons aiguille, ça oblige à cambrer! Belle chute de reins, jolie carrosserie, elles sont faibles, aidons-les, baisons-les… le cercle des vicieux comblés. Merci, pas pour moi.
Je ne veux pas de ce commerce-là. Dans ce cas, je devrais sans doute aimer les photos des studios américains avec des corps d’athlètes, superbement sculptés, des photos travaillées, maquillées, éclairées, scénarisées, chorégraphiées… de l’art. Si tu es le pédé de la famille, sois-en au moins l’artiste. Ne regarde pas ces photos d’ados qu’on a payés pour s’aimer sur la plage, apprécie d’authentiques professionnels. Leur talent artistique excuse un peu ton goût douteux pour l’érotisme au masculin. Un homme, c'est pas un brin vulgaire, c'est hiératique et musclé, un brun huileux.
Et si je veux vraiment regarder des ados, un brun et un blond sur la plage ? D’accord, alors il me faut être vieux, artiste malade, pathétique, amoureux, et mourir à Venise. L’inévitable rouge à lèvre, les rues de Venise, le jeune androgyne aux cheveux longs et soyeux, blond et inexpressif. Lui, c’est un artiste, un vrai, choisi à l'issue d'un long casting par le maître, pas un qu'on a payé pour des photos vite faites. Et celui qui le désire est maudit, il doit mourir. A Venise. Pour la Palme de Visconti.
Moi j’aime la vie, sans fard, joyeuse, pleine de jouir, j’imagine le goût du sperme sur la peau salée après le bain de mer. Je n’ai aucune honte, et je comprends un peu finalement que des parents d’adolescents soient gênés par la vue de jeunes hommes séduisants et gorgés de désir… D’ailleurs on se sent seulement autorisé à envoyer les photos les plus fades, évidemment, et encore.
C’est le tabou de l’inceste, la vraie raison de cette appréciation des familles. D'ailleurs, il est là pour compenser une attirance qui serait obscène et perturberait les relations entre parents et enfants, ou au sein de la fratrie. Une érotique absolument interdite, et à juste titre. Mais moi je ne suis pas concerné.
C’est peut-être la même gêne qui conduit la rumeur publique à greffer des clichés sur les homos, pour leur rapport à leur mère (trop étroit) ou à la famille (danger). Au fond, les hommes à femme cherchent dans leurs conquêtes féminines à la fois une pute, objet de désir, et une mère de substitution, qui deviendra leur propriété exclusive.
A l’opposé, nous qui goûtons les hommes, et n'avons pas d'attirance troublante pour les femmes, nous pouvons aisément garder un rapport privilégié avec notre mère, unique, pour ce qu’elle est. Pas une sainte, ni une pute, juste une femme libre.
C'est le titre de l'émission de Philippe Meyer sur France Inter ce matin, dont j'ai retenu deux citations intéressantes (qui me font surciter ci-dessous) :
> La très populaire actrice irlandaise Dervla Kirwan prétendait que lorsqu'elle lut pour la première fois "FUMER PEUT PROVOQUER LE CANCER", elle s'arrêta instantanément de lire.
> Formule de Josiane Balasko: "J'ai fait un régime pendant deux semaines, j'ai perdu 15 jours"
Grave accident à Grenoble jeudi à 3 heures du matin; un jeune homme de 22 ans choit du 2ème étage rue Gabriel Péri sur une voiture garée. Souffrant d'un traumatisme crânien et d'une fracture d'un fémur, il a été transporté à l'hôpital de La Tronche.
Il avait pris beaucoup d’élan pour gagner le concours de crachat.